21 août 2017

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Histoire des valeurs de l’Union socialiste des Forces populaires

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  L’union socialiste des forces populaires constitue l’une des composantes principales du mouvement de libération nationale. Son histoire remonte a la genèse du mouvement progressiste au sein du parti de l’Istiqlal. Ce courant décide de couper les liens organisationnels avec le parti mère et créer l’Union Nationale des Forces Populaires en 1959. Le parti a considéré les questions de l’indépendance économique et de la justice sociale comme étant prioritaires. Ainsi, le rapport « Option révolutionnaire », rédigé par Mehdi Ben Barka en 1962 à l’occasion du deuxième congrès du parti, a indiqué de façon très claire les priorités d’action à l’époque et les principales valeurs sous jacentes. A cet effet, on peut lire dans ce rapport : « Le contenu social de notre parti découle de nos choix idéologiques, de notre perspective révolutionnaire et de l'analyse que nous avons faite des positions fondamentales des différentes couches sociales devant les options de libération totale, d'émancipation économique de notre pays et d'édification d'une société socialiste. C’est pourquoi nous sommes par excellence le parti des masses laborieuses, urbaines et rurales, celui de l'alliance indéfectible des travailleurs, des paysans et de l'intelligentsia révolutionnaire. Nous sommes donc le parti du peuple marocain à l'exclusion des classes exploiteuses, féodalité terrienne et grande bourgeoisie parasitaire, alliés et supports du néocolonialisme. ». Il apparait que les valeurs de l’indépendance vis-à-vis des états coloniaux et impérialistes de l’époque et le socialisme ont constitué le socle de l’UNFP. De 1962 à 1972, le parti a connu beaucoup d’évènements et changements au sein de ses structures et de ses méthodes de travail ayant eu des effets négatifs sur son efficacité et sa mission sociétale. Cette situation a été causée, à la fois, par  la répression sauvage du pouvoir de l’époque et l’hétérogénéité de visions et d’approches au sein du secrétariat général du parti. En effet, le parti était traversé par trois courants principaux : Le courant réformateur et pragmatique, le courant révolutionnaire (Ce courant n’était pas opposé à l’utilisation de la force pour modifier les rapports entre le pouvoir de l’époque et le parti) et le courant syndical.

La cohabitation de ces trois courants au sein d’une même structure devient de plus en plus difficile. Beaucoup d’efforts et d’énergies ont été déployés pour maintenir l’unité du parti. La constitution du bureau politique (Abdellah Ibrahim, Abderrahim Bouabid et Mahjoub Ben Seddiq) suite à l’arrestation du défunt  Mahjoub Ben Seddiq en 1967, et la participation de l’UNFP, au cotés du parti de l’Istiqlal, à la création de la Koutla Watania en 1970 représentent deux exemples saillants aux tentatives des principaux dirigeants du parti à trouver le consensus entre les trois mouvements.

Malgré ces efforts, la rupture organisationnelle a eu lieu suite aux décisions prises par la majorité de la commission administrative le 30 juillet 1972. Il fallait attendre jusqu'à 1975, date du congrès extraordinaire,  pour préciser la ligne idéologique et politique du parti. Ainsi on peut lire dans le rapport final de ce congré : « Le Congrès réaffirme que la fidélité aux masses laborieuses, ouvriers, paysans, artisans, intellectuels et le sens de l'intérêt national nécessitent le rappel des réalités et des positions de l'Union Socialiste, dans la clarté et la précision, de même qu'elles imposent le devoir de lancer un appel fervent à tous les patriotes et à tous les progressistes en vue de coordonner leurs efforts pour l'institution d'un régime démocratique garantissant la libération du pays et la mise en place de toutes les conditions permettant la réalisation du développement économique au bénéfice des masses populaires.

Premièrement: La politique poursuivie par les classes dominantes depuis quinze ans conduit, par sa nature même, aux conséquences actuelles qui se traduisent dans les réalités suivantes:

  • Aggravation de l'écart entre les revenus des familles populaires en régression continue et les revenus des classes exploiteuses en accroissement constant, en sorte que 5 % de la population.
  • Accaparement par les colons marocains anciens et nouveaux de terres agricoles et tout particulièrement de celles qui bénéficient de l’irrigation dont les installations sont financées par les contributions des masses.
  • Mise en hypothèque de l'avenir du pays pour satisfaire les intérêts de ces colons, par le renforcement des liens avec le Marché Commun en vue de leur garantir des facilités pour l'écoulement de leurs produits.
  • Persévérance dans la voie dite libérale, c'est-à-dire une politique qui favorise la bourgeoisie et les spéculateurs marocains. Il est déjà établi que le capital privé marocain et étranger se refuse toujours à prendre quelque risque que ce soit en matière d'investissement et s'abstient de toute initiative en ce domaine.
  • L'aggravation de la crise économique malgré le quadruplement du prix des phosphates, aggravation qui apparaît d'une part à travers la hausse de prix des produits alimentaires de première nécessité, des produits pétroliers et des biens d'équipements importés du monde occidental et d'autre part à travers les obstacles que rencontrent de plus en plus les exportations marocaines vers la C.E.E.
  • La mise de l'ensemble de l'appareil de l'Etat et du secteur public à la disposition et au service des nouveaux «colons» et des spéculateurs, ce qui s'est traduit par l'octroi systématique de facilités financières et de crédits aux secteurs favorisés par les institutions financières dépendantes de l'Etat.
  • Ainsi les prélèvements effectués sur les revenus et le travail des masses déshéritées ne servent pas seulement à financer les dépenses de fonctionnement et de répression mais aussi les dépenses d'équipements dont bénéficient les spéculateurs marocains et étrangers entraînant de ce fait l'élargissement de la sphère de l'exploitation des masses.
  • Le résultat de cette politique globale fondée sur la dépendance politique et économique et le renforcement des classes de nouveaux colons et spéculateurs marocains se traduit par la paupérisation continue des masses, l'aggravation du chômage, de l'analphabétisme et la multiplication des bidonvilles.

Deuxièmement: La seule voie qui permet de dépasser la situation actuelle dans le court et le moyen terme, est celle d'une véritable planification qui permet la transformation réelle des structures économiques, sociales, culturelles et administratives, dans le cadre d'une politique globale fondée sur trois principes essentiels:

  • La planification démocratique entreprise avec la participation effective des masses laborieuses dans le cadre d'institutions locales, régionales et nationales qui doivent incarner sa volonté et ses options. Le plan ne doit nullement être formel et indicatif mais doit avoir un caractère impératif pour faire supporter aux classes favorisées le prix du développement économique et social.
  • La véritable nationalisation des grands moyens de production et d'échange, de financement et de transport, tout en mettant le secteur public au service de la libération et du développement. Ce qui nécessite des mesures urgentes dont: la nationalisation du commerce extérieur (principalement les importations) la municipalisation des terres des zones urbaines, la nationalisation de l'industrie pharmaceutique, en adoptant les méthodes de gestion aux caractéristiques particulières à chaque domaine.
  • Une transformation radicale de l'appareil d'Etat, du secteur public et des méthodes de gestion. Cette transformation constitue un préalable à toute réforme, car l'appareil d'Etat existant de par sa nature son orientation libérale et sa structure ne se met au service de la nation, mais d'une minorité privilégiée.

 Troisièmement: La démocratie pour le Parti n'est pas conçue seulement comme un moyen, mais aussi comme un but dans le cadre de notre option socialiste. C'est un principe inséparable de notre conception socialiste élaborée à partir des particularités propres à notre société, et de l'analyse dialectique et historique de sa nature. La réalisation de notre stratégie de libération et de construction socialiste ne peut se faire que dans le cadre d'un dialogue avec les masses et leur participation dans l'élaboration des choix fondamentaux. C'est à cette condition que les masses populaires pourraient consentir les sacrifices qui nécessitent à long terme la construction et adhérer avec enthousiasme aux grandes options. La participation des masses dans tous les domaines doit se traduire par l'application des solutions exigées par elles pour résoudre leurs problèmes concrets. Ces problèmes diffèrent totalement de ceux que vit la société européenne et ne peuvent pas en conséquence être traités dans le cadre d'une démocratie bourgeoise et parlementaire de type européen.

C'est pourquoi l'Union socialiste n'a cessé de réaffirmer que la seule garantie qui ouvre la voie à une démocratie sociale et économique consiste dans l’institution d’un régime fondé sur une démocratie politique réelle c'est-à-dire la souveraineté du peuple. Mais il est certain que dans le cas de l’institution d’un régime démocratique, les représentants du peuple ne peuvent que s’opposer avec fermeté et vigilance à toute tentative visant à faire avorter les mesures prises au profit des masses populaires après en avoir délibéré librement dans le cadre des institutions représentatives.

Quatrièmement: Les procédés de falsification utilisés depuis 1962-63, étaient dirigés particulièrement contre notre Parti qui les a affrontés avec fermeté, non sans de lourds sacrifices consentis par nos militants, donnant ainsi la preuve de notre attachement aux principes de la démocratie comme objectif et moyen. Si toutefois l'appareil de l'Etat recourait de nouveau à ces mêmes méthodes, malgré les dernières déclarations officielles, nous dénoncerions alors, conformément à nos principes, de telles méthodes quels que soient leurs formes et les moyens employés.

Cinquièmement: Notre Parti n'a cessé d'œuvrer pour l'établissement d'un dialogue permanent entre les différentes tendances patriotiques et progressistes dans le but de dégager les positions communes en vue d'une action concertée pour une solution démocratique aux problèmes du pays. Cependant l'Union Socialiste n'a cessé également d'insister sur le lien étroit existant entre l'institution de la démocratie et les problèmes concrets des masses laborieuses. Car on ne peut isoler la réalisation de la démocratie des luttes effectives qu'il est nécessaire d'entreprendre pour satisfaire les revendications urgentes des masses populaires.

LE CONGRÈS EXTRAORDINAIRE DE L'UNION SOCIALISTE DES FORCES POPULAIRES: Enregistre avec la plus grande attention la déclaration royale du 17 septembre 1974, concernant le caractère authentique des élections qui seraient organisées avant le mois d'octobre prochain. Réaffirme sa position quant aux mesures urgentes, déjà formulées dans la réponse du Parti au message royal, en date du 23 septembre 1972 et que l'Union Socialiste estime indispensables pour garantir l'authenticité des élections et ouvrir une nouvelle page pour notre peuple, notamment:

  • L'assainissement de la vie politique par la promulgation d'un texte législatif d'amnistie générale, mettant ainsi fin à toutes les poursuites engagées et permettant ainsi à tous les prisonniers politiques de retrouver leur foyer; cette amnistie constituera une garantie pour le retour, à leur pays de tous nos concitoyens en exil à l'étranger.
  • L'abrogation de tous les textes législatifs et réglementaires qui restreignent l'exercice des libertés publiques et individuelles et particulièrement ceux qui répriment la liberté d'expression ainsi que les mesures qui imposent la censure sur la presse nationale.
  • Abrogation des dahirs et arrêtés répressifs promulgués sous le régime du protectorat et qui demeurent en vigueur, ainsi que les multiples textes législatifs adoptés durant l'année 1962 et depuis cette date, qui ont modifié profondément, à la fois, le droit pénal et la procédure pénale.
  • L'abrogation de la mesure arbitraire concernant la dissolution de l'Union Nationale des Étudiants du Maroc.
  • L'abrogation des restrictions apportées au dahir sur les libertés publiques en date du 17 avril 1973.
  • Exige la neutralité de l'appareil d'Etat pendant le déroulement des élections, neutralité qui nécessite un minimum de garanties pour le contrôler et pour permettre la participation de toutes les forces vives à la vie politique. Aussi au préalable les mesures suivantes devraient-elles être prises:
  • Refonte totale des listes électorales qui n'ont fait l'objet depuis douze ans d'aucune révision et qui furent largement utilisées dans les opérations de fraude.
  • Ramener l'âge électoral à 18 ans et ce pour donner l'occasion aux jeunes de contribuer activement à la vie politique et d'exprimer leur point de vue sur les options intéressant leur avenir. C'est ainsi que la jeunesse qui constitue la majorité de la population de notre pays participera à l’édification de celui-ci et réalisera les transformations nécessaires.
  • Lever les exactions dont sont victimes les masses rurales.
  • Lance un appel pressant à tous les partis et organisations nationales et progressistes pour le dialogue et la concertation, en vue d'arrêter des positions communes et œuvrer pour la réalisation de la démocratie et du progrès social et pour affronter les dangers qui menacent à court terme notre pays.

L'Union Socialiste réaffirme La nécessité de l'action unitaire des partis et organisations nationales et progressistes dans une lutte commune effective et concrète, dont les modalités doivent être décidées à partir d'une concertation permanente sur les moyens à mettre en œuvre et dans le cadre défini par les organisations concernées.

L'Union Socialiste tout en adressant son appel chaleureux à tous les patriotes, sans exclusive, réaffirme la nécessité de l'action unitaire au niveau de la base dans la lutte effective, étant persuadée que les positions communes sur les problèmes de la démocratie dans notre pays ou sur toute autre question ne peuvent être isolées des luttes effectives pour la satisfaction des revendications urgentes des masses laborieuses. »

Ainsi, les valeurs du parti qui sont ressortit du congrès extraordinaire de 1975 s’articulent autour de trois concepts clés :

Indépendance économique : Cet objectif est réalisable, selon les auteurs du rapport, au moyen de la planification et l’implication des masses populaires dans la conception et l’élaboration de cette planification. La réforme agraire est considérée comme étant cruciale pour le projet du parti. La construction des bases d’une industrie productive et l’encouragement des activités à grandes valeurs ajoutées ont représenté  également des priorités pour amorcer les changements auxquels le parti aspire.

Démocratie : Le parti considère la démocratie comme étant à la fois un objectif et un moyen pour réaliser sa mission sociétale. Il est prêt à participer à la formation des différentes assemblées représentatives à condition qu’un minimum de transparence soit assuré. Dans son discours de 1974, le roi défunt Hassan II avait promis d’organiser des élections libres et transparentes.

Socialisme : Ce concept est matérialisé par la nationalisation des grandes firmes et des moyens de production les plus importants ainsi que par une meilleure distribution de la richesse.

Ces trois concepts constituent le triptyque qui a représenté pendant une longue période le socle et la motivation de ses militants : Libération-Démocratie et socialisme.

Les conclusions des travaux des congrès de 1978, 1984 et 1989 n’ont pas connu de changements majeurs au niveau de la ligne politique et des valeurs du parti. La période citée ci-dessus a été caractérisée principalement au niveau politique par  la répression de l’opposition, en effet, des centaines de militants du parti ont subit, pendant cette période, la torture et l’emprisonnement. Sur le plan économique, le Maroc s’est vu appliquer le plan d’ajustement structurel (PAS). A partir des années quatre vingt dix, le pays connaitra une ouverture politique progressive. Ce changement d’attitude envers l’opposition et notamment son fer de lance l’USFP a été motivé par plusieurs facteurs internes et externes. Au niveau international, la chute du mur de Berlin a été un point d’inflexion, à la fois pour les partis socialistes et pour l’ensemble des peuples du globe. Les valeurs de liberté, démocratie et souveraineté populaire ont pris ainsi le dessus. Au niveau interne, les sacrifices de l’opposition et son inlassable militantisme ainsi que la dégradation des conditions sociales et économiques de l’écrasante majorité du peuple ont poussé le pouvoir à revoir sa politique interne envers les acteurs politiques du pays.

L’union des Forces populaires, conscient, depuis sa création, de ses obligations envers la nation a choisit de saisir la main tendue par les hautes autorités afin d’éviter au pays « la mort cardiaque ». Cette position du parti s’est soldée par le vote positif à la constitution de 1996 et la participation au gouvernement en 1998 avec le camarade Abderrahman El Youssoufi comme premier ministre.

En intégrant ces nouvelles donnes internes et externes, les congrès du parti de 2001, 2005 et 2008 ont adopté la sociale démocratie comme ligne politique. Ainsi, les valeurs de liberté d’expression, de modernité, de solidarité sociale, de la concurrence loyale dans l’économie, des droits de l’Homme tels qu’ils sont définit universellement, de l’intégrité morale et intellectuelle, de la tolérance, du respect des valeurs fondamentales et ouvertes sur le progrès de la société marocaine, de la justice sociale et de l’égalité Homme/Femme constituent aujourd’hui le socle et les raisons d’être de notre parti.